I. La société de consommation glorifiée

1. La valorisation des sciences par l’art

Après la 2ème guerre mondiale, les pays connaissent un grand développement. D’une part avec le Baby-Boom qui augmente le taux de natalité atteignant un record de 869 000 naissances annuelle en 1949 contre 600 000 juste avant la guerre. D’autre part, ce développement est basé sur un intérêt et une valorisation des sciences. En effet, les sciences désignent le progrès et les découvertes au service du plus grand nombre. C’est pourquoi, les artistes cinétiques ressentent le besoin de travailler autour de la notion scientifique afin d’agir sur les personnes en les faisant participer. Leur but est de faire de l’art pour tout le monde.

L’art cinétique et optique est un courant artistique fondé sur l’esthétique du mouvement. Cet art a rayonné dans toute l’Europe y compris l’Union Soviétique et l’Amérique latine dès les années 1960. Ce mouvement polymorphe, expérimente des jeux d’optiques ou des sculptures. L’art cybernétique, avatar du cinétisme, trouve aussi une nouvelle actualité avec l’utilisation dans l’art des nouvelles technologies.

Rond noir sur fond blanc, Olivier MOSSET
Rond noir sur fond blanc, Olivier MOSSET, MAMC Strasbourg

Les artistes utilisent les progrès technologiques dans le but de mettre en place des œuvres d’art. Ces œuvres ont pour objectif de glorifier la société de consommation.

Nous nous sommes appuyés sur plusieurs œuvres qui sont à la fois utiles et innovantes tout en utilisant les nouvelles technologies et faisant participer l’être humain.

Jean Tinguely est sans doute l’un des artistes qui incarne le mieux cette nouvelle méthode de travailler les œuvres. Il réalise des sculptures qui sont stylistiquement à la hauteur de son époque. Ses sculptures mécaniques équipées d’une pédale, permettent à l’observateur de ne plus être passif, mais actif. Cela correspond tout à fait à la période de l’après guerre. Les personnes ne veulent plus être passives, elles sont dans une dynamique d’évolution et veulent participer.

Meta Matics n°10 Jean Tinguely 449 x 370 cm
Meta Matics n°10, Jean TINGUELY
Peinture par Meta Matics n°12
Peinture par Meta Matics n°12, Jean TINGUELY

Lorsque Tinguely crée son œuvre « Les Méta Matics », il souhaite allier à la fois innovation et activité. Ces sculptures sont des appareils à peindre formés d’une roue motrice reliée par des courroies à une ou plusieurs roues qui tournent et entraînent un arbre excentré transmettant à une tige un mouvement régulier, le tout actionné par une pédale. Lorsque cette pédale est actionnée, l’utilisateur fixe à l’extrémité de cette tige un morceau de craie, un crayon, un stylo à bille ou encore un feutre, afin de recouvrir une feuille de traits. Ces traits sont alors l’œuvre que crée l’utilisateur en actionnant la machine. L’Homme n’est plus observateur mais devient alors créateur d’œuvres nouvelles.

L’après-guerre est d’une part marqué par une population qui se trouve dans une dynamique d’évolution, et d’autre part par une population qui a besoin de repères, d’icônes contemporaines.

Andy Warhol a, à travers ses œuvres, répondu à ces différentes attentes, notamment lorsqu’il utilise des photos de célébrités telles que Marylin Monroe ou Elizabeth Taylor.

 

Il utilise le principe de la sérigraphie dont il est un des principaux créateurs. La sérigraphie repose tout d’abord sur le principe du pochoir, elle permet la démultiplication et la répétition. Warhol produit en grand nombre de bouteilles de Coca-Cola, des boîtes de soupe Campbell, ou encore des portraits de Marylin Monroe. Il cherchait à rendre artistique des produits fabriqués en masse ou des célébrités en popularisant la production massive de l’art lui même.

Ses reproductions colorées de Marilyn Monroe tendent à vouloir montrer la marchandisation des artistes dans la société de consommation de son temps. A cette époque, la sérigraphie n’était pas considérée comme proprement artistique mais industrielle. Cette multiplication des œuvres retire le caractère unique et rare de l’œuvre d’art. Marilyn Monroe devient alors un symbole, une icône pour la société. Warhol était conscient du pouvoir de l’image dans la société. Le fait que ses œuvres soient faites à la chaîne s’inscrit totalement dans la consommation de masse de la société américaine. Ces portraits mondialement connus et immédiatement reconnaissables incitent à consommer.

Durant cette période, les différentes sociétés vont également « consommer » des œuvres et pas n’importe lesquelles. En effet, Wim Delvoye, un artiste plasticien Belge du XXème siècle, est essentiellement connu pour son œuvre Cloaca (« machine à caca »), avec laquelle il gagne de l’argent car elle est cotée en bourse.

Cloaca Original Wim Delvoye 2000 1157 x 78 x 270 cm Mixed media
Cloaca Original
Wim DELVOYE

 

Cloaca est un gigantesque système digestif mécanique qui produit des excréments qui sont ensuite achetés par des consommateurs. Une fois les excréments créés, ils sont mis en boîte et vendus sur internet accompagnés d’un faux spot publicitaire incitant l’acheteur à acquérir les déjections de Cloaca en boîte, qui feraient alors de lui un collectionneur d’avant garde à la pointe de la mode. L’importance de la société de consommation est encore plus apparente dans cette œuvre du fait qu’elle soit cotée en bourse. Les clients peuvent obtenir des actions et devenir copropriétaires de Cloaca. En plus d’être cotée en bourse, Cloaca soutient l’économie locale, puisque les machines sont exclusivement nourries par les restaurants de proximité.

On peut croire que cette machine critique la société de consommation car les consommateurs achètent de la matière fécale qui est considérée comme de l’art, mais l’aspect positif qui permet de glorifier l’art est qu’elle permet de gagner de l’argent et devient alors un bien pour celui qui en détient des actions. Delvoye va au bout de l’absurde, il va au bout d’une démarche archétype de cette société de consommation.

Le marché de l’art

Il n’est pas le seul artiste à avoir des œuvres cotées en bourse. Les artistes afin d’être vus, doivent vendre pour faire de l’argent. C’est pour cela, que le marché de l’art est très important. En France, le chiffre d’affaires total des galeries françaises est de 1,4 milliard d’euros. Tandis que les ventes aux enchères d’art contemporain sont montées à 168 millions d’euros en France en 2014. Dans le monde, ce chiffre a atteint 1,76 milliard d’euros en 2014. La chine domine le marché de l’art mondial en 2016, son chiffre d’affaire atteignant 2 317 597 249 $, suivie des Etats Unis qui atteignent un chiffre de 1 748 857 652 $. Chaque année, les Etats-Unis et la Chine se disputent la première place.

Les artistes quant à eux comptabilisent également un produit de vente avec comme plus grands vendeurs Andy Warhol qui atteint le record historique de 569 millions de dollars.

C’est alors, qu’il faut se demander si les artistes font de l’art pour leur plaisir, ou pour le business. Il faut savoir qu’avant la guerre la plupart des artistes ne pouvaient pas vivre de leurs œuvres. Depuis la fin de la 2nde guerre mondiale et le développement de la bourse, les artistes peuvent gagner de l’argent quitte à devenir de vrais businessmen. C’est le cas de Damien Hirst, un artiste anglais star des années 90 avec une cote faramineuse, connu pour ses œuvres faisant référence à la mort mais aussi son crâne entièrement recouvert de diamants qui est considéré comme l’œuvre la plus chère du monde et qui a énormément inspiré l’univers de la mode. Damien Hirst est souvent critiqué car il possède un aspect trop business quitte à réprouver son statut d’artiste, son travail étant trop conceptuel. Il est d’ailleurs désigné comme l’un des artistes les plus riches de son royaume par les journaux britanniques, sa fortune s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros. Le marché de l’art lui servant comme simple indicateur boursier et en organisant le rachat de ses œuvres par de mystérieuses holdings (sociétés faîtières).

Un autre artiste pour lequel l’argent primerait est Jeff Koons. Bien qu’il ne soit pas l’un des meilleurs artistes ni des plus intéressants, il est l’un des artistes contemporains les plus connus. Son nom étant généralement associé à argent, polémique, kitsch, mauvais goût ou provocation… De plus, il est le plasticien le plus côté de la planète. Jeff Koons, peut être vu sous 3 visages différents. Soit comme un nouveau Warhol, soit comme un as de la provocation bling-bling ou comme un champion du business. Comme Warhol, Koons se saisit des icônes de la société mais au lieu de la dénoncer, il célèbre le plaisir. Seul problème, au contraire de Warhol qui peignait des dollars, lui les ramasse à la pelle En effet, il a créé cinq Ballon Dogs dont la version orangée a été vendue 58 millions d’euros. Une somme adhérente mais qui colle bien avec la société de consommation et le besoin de consommer toutes choses utiles ou inutiles peu importe le prix, quitte à y mettre une fortune.

 

 

 

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