Introduction

“Comme la société du Moyen-Age s’équilibrait sur Dieu et le diable, la nôtre s’équilibre sur la consommation et sur sa dénonciation”,  Jean Baudrillard

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la consommation a connu une révolution. Par la suite, de nombreuses œuvres parues dans les dernières décennies ont ainsi revisité la société de consommation.

Le terme société de consommation est apparu dans les années 1950-1960. Il désigne une société au sein de laquelle les consommateurs consomment des biens et des services de manière abondante. On parle alors de consommation de masse. Pour Baudrillard, la société de consommation est une contribution essentielle à la sociologie et à la philosophie. Il affirme que la consommation est devenue un moyen de différenciation et non de satisfaction.

Les artistes, en général, suivent l’évolution de la société et interrogent le monde qui les entoure.

Ainsi nous pencherons-nous plus spécifiquement sur la peinture et la sculpture. Nous verrons alors en quoi ces deux arts reflètent la société de consommation depuis 1945.

Dans un premier temps, nous nous demanderons en quoi certains artistes ont choisi de glorifier la société de consommation et dans un second temps, comment d’autres ont préféré la dénoncer.

I. La société de consommation glorifiée

1. La valorisation des sciences par l’art

Après la 2ème guerre mondiale, les pays connaissent un grand développement. D’une part avec le Baby-Boom qui augmente le taux de natalité atteignant un record de 869 000 naissances annuelle en 1949 contre 600 000 juste avant la guerre. D’autre part, ce développement est basé sur un intérêt et une valorisation des sciences. En effet, les sciences désignent le progrès et les découvertes au service du plus grand nombre. C’est pourquoi, les artistes cinétiques ressentent le besoin de travailler autour de la notion scientifique afin d’agir sur les personnes en les faisant participer. Leur but est de faire de l’art pour tout le monde.

L’art cinétique et optique est un courant artistique fondé sur l’esthétique du mouvement. Cet art a rayonné dans toute l’Europe y compris l’Union Soviétique et l’Amérique latine dès les années 1960. Ce mouvement polymorphe, expérimente des jeux d’optiques ou des sculptures. L’art cybernétique, avatar du cinétisme, trouve aussi une nouvelle actualité avec l’utilisation dans l’art des nouvelles technologies.

Rond noir sur fond blanc, Olivier MOSSET
Rond noir sur fond blanc, Olivier MOSSET, MAMC Strasbourg

Les artistes utilisent les progrès technologiques dans le but de mettre en place des œuvres d’art. Ces œuvres ont pour objectif de glorifier la société de consommation.

Nous nous sommes appuyés sur plusieurs œuvres qui sont à la fois utiles et innovantes tout en utilisant les nouvelles technologies et faisant participer l’être humain.

Jean Tinguely est sans doute l’un des artistes qui incarne le mieux cette nouvelle méthode de travailler les œuvres. Il réalise des sculptures qui sont stylistiquement à la hauteur de son époque. Ses sculptures mécaniques équipées d’une pédale, permettent à l’observateur de ne plus être passif, mais actif. Cela correspond tout à fait à la période de l’après guerre. Les personnes ne veulent plus être passives, elles sont dans une dynamique d’évolution et veulent participer.

Meta Matics n°10 Jean Tinguely 449 x 370 cm
Meta Matics n°10, Jean TINGUELY
Peinture par Meta Matics n°12
Peinture par Meta Matics n°12, Jean TINGUELY

Lorsque Tinguely crée son œuvre « Les Méta Matics », il souhaite allier à la fois innovation et activité. Ces sculptures sont des appareils à peindre formés d’une roue motrice reliée par des courroies à une ou plusieurs roues qui tournent et entraînent un arbre excentré transmettant à une tige un mouvement régulier, le tout actionné par une pédale. Lorsque cette pédale est actionnée, l’utilisateur fixe à l’extrémité de cette tige un morceau de craie, un crayon, un stylo à bille ou encore un feutre, afin de recouvrir une feuille de traits. Ces traits sont alors l’œuvre que crée l’utilisateur en actionnant la machine. L’Homme n’est plus observateur mais devient alors créateur d’œuvres nouvelles.

L’après-guerre est d’une part marqué par une population qui se trouve dans une dynamique d’évolution, et d’autre part par une population qui a besoin de repères, d’icônes contemporaines.

Andy Warhol a, à travers ses œuvres, répondu à ces différentes attentes, notamment lorsqu’il utilise des photos de célébrités telles que Marylin Monroe ou Elizabeth Taylor.

 

Il utilise le principe de la sérigraphie dont il est un des principaux créateurs. La sérigraphie repose tout d’abord sur le principe du pochoir, elle permet la démultiplication et la répétition. Warhol produit en grand nombre de bouteilles de Coca-Cola, des boîtes de soupe Campbell, ou encore des portraits de Marylin Monroe. Il cherchait à rendre artistique des produits fabriqués en masse ou des célébrités en popularisant la production massive de l’art lui même.

Ses reproductions colorées de Marilyn Monroe tendent à vouloir montrer la marchandisation des artistes dans la société de consommation de son temps. A cette époque, la sérigraphie n’était pas considérée comme proprement artistique mais industrielle. Cette multiplication des œuvres retire le caractère unique et rare de l’œuvre d’art. Marilyn Monroe devient alors un symbole, une icône pour la société. Warhol était conscient du pouvoir de l’image dans la société. Le fait que ses œuvres soient faites à la chaîne s’inscrit totalement dans la consommation de masse de la société américaine. Ces portraits mondialement connus et immédiatement reconnaissables incitent à consommer.

Durant cette période, les différentes sociétés vont également « consommer » des œuvres et pas n’importe lesquelles. En effet, Wim Delvoye, un artiste plasticien Belge du XXème siècle, est essentiellement connu pour son œuvre Cloaca (« machine à caca »), avec laquelle il gagne de l’argent car elle est cotée en bourse.

Cloaca Original Wim Delvoye 2000 1157 x 78 x 270 cm Mixed media
Cloaca Original
Wim DELVOYE

 

Cloaca est un gigantesque système digestif mécanique qui produit des excréments qui sont ensuite achetés par des consommateurs. Une fois les excréments créés, ils sont mis en boîte et vendus sur internet accompagnés d’un faux spot publicitaire incitant l’acheteur à acquérir les déjections de Cloaca en boîte, qui feraient alors de lui un collectionneur d’avant garde à la pointe de la mode. L’importance de la société de consommation est encore plus apparente dans cette œuvre du fait qu’elle soit cotée en bourse. Les clients peuvent obtenir des actions et devenir copropriétaires de Cloaca. En plus d’être cotée en bourse, Cloaca soutient l’économie locale, puisque les machines sont exclusivement nourries par les restaurants de proximité.

On peut croire que cette machine critique la société de consommation car les consommateurs achètent de la matière fécale qui est considérée comme de l’art, mais l’aspect positif qui permet de glorifier l’art est qu’elle permet de gagner de l’argent et devient alors un bien pour celui qui en détient des actions. Delvoye va au bout de l’absurde, il va au bout d’une démarche archétype de cette société de consommation.

Le marché de l’art

Il n’est pas le seul artiste à avoir des œuvres cotées en bourse. Les artistes afin d’être vus, doivent vendre pour faire de l’argent. C’est pour cela, que le marché de l’art est très important. En France, le chiffre d’affaires total des galeries françaises est de 1,4 milliard d’euros. Tandis que les ventes aux enchères d’art contemporain sont montées à 168 millions d’euros en France en 2014. Dans le monde, ce chiffre a atteint 1,76 milliard d’euros en 2014. La chine domine le marché de l’art mondial en 2016, son chiffre d’affaire atteignant 2 317 597 249 $, suivie des Etats Unis qui atteignent un chiffre de 1 748 857 652 $. Chaque année, les Etats-Unis et la Chine se disputent la première place.

Les artistes quant à eux comptabilisent également un produit de vente avec comme plus grands vendeurs Andy Warhol qui atteint le record historique de 569 millions de dollars.

C’est alors, qu’il faut se demander si les artistes font de l’art pour leur plaisir, ou pour le business. Il faut savoir qu’avant la guerre la plupart des artistes ne pouvaient pas vivre de leurs œuvres. Depuis la fin de la 2nde guerre mondiale et le développement de la bourse, les artistes peuvent gagner de l’argent quitte à devenir de vrais businessmen. C’est le cas de Damien Hirst, un artiste anglais star des années 90 avec une cote faramineuse, connu pour ses œuvres faisant référence à la mort mais aussi son crâne entièrement recouvert de diamants qui est considéré comme l’œuvre la plus chère du monde et qui a énormément inspiré l’univers de la mode. Damien Hirst est souvent critiqué car il possède un aspect trop business quitte à réprouver son statut d’artiste, son travail étant trop conceptuel. Il est d’ailleurs désigné comme l’un des artistes les plus riches de son royaume par les journaux britanniques, sa fortune s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros. Le marché de l’art lui servant comme simple indicateur boursier et en organisant le rachat de ses œuvres par de mystérieuses holdings (sociétés faîtières).

Un autre artiste pour lequel l’argent primerait est Jeff Koons. Bien qu’il ne soit pas l’un des meilleurs artistes ni des plus intéressants, il est l’un des artistes contemporains les plus connus. Son nom étant généralement associé à argent, polémique, kitsch, mauvais goût ou provocation… De plus, il est le plasticien le plus côté de la planète. Jeff Koons, peut être vu sous 3 visages différents. Soit comme un nouveau Warhol, soit comme un as de la provocation bling-bling ou comme un champion du business. Comme Warhol, Koons se saisit des icônes de la société mais au lieu de la dénoncer, il célèbre le plaisir. Seul problème, au contraire de Warhol qui peignait des dollars, lui les ramasse à la pelle En effet, il a créé cinq Ballon Dogs dont la version orangée a été vendue 58 millions d’euros. Une somme adhérente mais qui colle bien avec la société de consommation et le besoin de consommer toutes choses utiles ou inutiles peu importe le prix, quitte à y mettre une fortune.

 

 

 

I. La société de consommation glorifiée

2. L’art dans la publicité

« La publicité, c’est la plus grande forme d’art du XXème siècle », Marshall McLuhan

La publicité est l’ensemble des moyens et des techniques utilisés afin de faire connaître une marque, d’inciter le public à acheter un produit ou encore à consommer un service.

Après 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’affiche, principal support de la publicité, doit redéfinir sa fonction et revoir son langage graphique. Un dessin simplifié, la priorité accordée à la couleur, alliés à un humour bon enfant sont les principales caractéristiques de ces nouvelles affiches. La recherche de l’idée juste exprimant le produit par une pirouette illustre la pratique de ce qu’on appelle le « gag visuel ».

Ce sont surtout les grands graphistes des années 1960 (Villemot, Auriac, Excoffon) qui continuent à bénéficier de commandes de firmes ayant une tradition d’affiches de qualité, Bally, Perrier, Orangina entre autres.

Dans les années 1970, les supports sur lesquels la publicité est diffusée se multiplient. Les grandes marques de l’époque telles que Chanel ou Coca-Cola, par exemple, commandent alors des publicités à des artistes reconnus.

Andy Warhol, pionnier de la sérigraphie, est l’un de ces grands noms de l’art à avoir réalisé des œuvres qui ont ensuite été diffusées par des entreprises.

tpe-coca-1
Andy WARHOL, Green Coca-Cola Bottles, 1962

L’alignement de bouteilles similaires et pourtant différentes les unes des autres offre au public un sentiment de profusion. Dans un de ses ouvrages, Andy Warhol explique que tout le monde peut s’offrir une bouteille de Coca-Cola, que ce soit le simple sans-abri ou le président. Il place ainsi l’objet au sein de la société comme un symbole d’égalité et une exception à la hiérarchie sociale.

Le fait de faire appel à des artistes, graphistes ou réalisateurs célèbres et reconnus donne une identité à un produit. On l’identifie, on l’associe à la personne qui l’a réalisée ou à la marque et cela va influer sur le choix du consommateur.

Par ailleurs, une image ou une vidéo est plus visuelle, et donc plus facilement reconnaissable, qu’un texte et c’est en cela que l’on peut dire que l’artiste va donner une identité à un produit. Bon nombre d’entreprises font le choix d’investir dans des campagnes publicitaires coûteuses en faisant appel à des artistes de renom, tout en sachant que cet investissement sera largement rentabilisé.

La BD au service de l’automobile

Dans les années 70, l’achat d’une voiture devient synonyme de réussite sociale et de liberté individuelle. La Renault 5, dite R5, représente l’achat phare de cette société de consommation.

La R5, dessinée d’un trait par Michel Boué, est, par son design révolutionnaire et son confort pris en compte pour l’une des toutes premières fois dans l’histoire de l’automobile, la voiture tendance par excellence des années 1970.

Présentée comme sympathique et populaire par la bande dessinée choisie comme support de publicité, la voiture est destinée à un public jusqu’alors inaccessible : les femmes, les jeunes et les célibataires sont particulièrement visés par la campagne publicitaire de la R5.

tpe-r5-affiche1972
Publicité pour la Renault 5, Gilbert MAS

On humanise et personnifie la R5 à travers des dessins humoristiques. C’est la première fois que la plaisanterie investit la publicité pour une voiture.

En 1974, Renault intègre sa R5 dans des bandes dessinées célèbres telles que Bécassine et Bibi Fricotin lors de nouvelles campagnes publicitaires.

En 1978, 5 millions de R5 ont été vendues et la production tourne autour de 2 000 véhicules par jour dont 360 hors de France. Au final, la R5 sera la voiture la plus vendue en France de 1974 à 1983.

La représentation de la femme dans la publicité

Dans les années 1950, et avec l’arrivée du progrès et l’invention de nouveaux appareils ménagers, la femme devient la cible principale des publicitaires chargés de promouvoir les marques comme Moulinex ou SEB.

A cette époque, le stéréotype de la femme au foyer est omniprésent dans les publicités de ces deux marques. On affiche alors des femmes heureuses s’extasiant devant les robots et cocottes derniers cris qui pourront leur faciliter la tâche.

moulinex_libere
Affiche publicitaire, 1960

A travers la publicité, Jean Mantelet, industriel et fondateur de la société Moulinex en 1952, veut s’adresser directement aux femmes, sans intermédiaire, leur parler de ses produits et de ce qu’ils leur apportent. De la légendaire affiche « Moulinex libère la femme » (slogan calqué sur le MLF Mouvement de Libération de la Femme) au spot expliquant qu’en « un, deux, trois », le travail, grâce à la moulinette électrique, est vite et bien fait, en passant par le slogan « Vive la cuisine presse-bouton », l’entreprise multiplie les offensives publicitaires, jouant à fond sur les transformations que connaît alors la condition féminine. Elle est l’une des toutes premières à bâtir des campagnes autour d’événements ou de dates symboliques liées au monde de la femme. Chaque année à partir de la fin des années 50, la marque se fait ainsi un devoir de présenter ses nouveaux produits à l’occasion de la Fête des mères, pour laquelle elle propose des coffrets cadeaux spécialement conçus.

Le stéréotype de la femme mère est également très utilisé par les publicitaires, la représentant souvent avec son enfant. La marque de petits pots pour enfants Blédine reprend cette image dans une affiche illustrée dont le slogan est « La seconde maman », et où l’on déduit que la femme qui porte le nourrisson n’est autre que l’allégorie de la marque. Le message sous-entendu de cette publicité pourrait être que si l’on est une bonne mère, on devrait préférer les pots Blédine à ceux d’une autre marque concurrente, pour la bonne constitution de son enfant.

tpe-bledine
Affiche plublicitaire, années 1960

Si les artistes travaillant pour la publicité, illustrateurs, graphistes, réalisateurs, acteurs, etc. permettent aux entreprises de décupler leurs ventes, ils nous permettent également de garder une trace des mentalités de l’époque et de suivre à travers leur production l’évolution de la société. Il existe même aujourd’hui un département du musée des Arts Décoratifs de Paris consacré entièrement à la publicité.

L’impact économique de la publicité

  • La publicité stimule la consommation : plus l’entreprise investit dans la publicité, plus la consommation croît en volume. Aujourd’hui en France, 1€ investi en publicité génère 7,85€ de PIB. En France ces quatre dernières années, environ 12,5 milliards d’euros ont été investis chaque année en publicité, principalement en télévision et sur Internet.
  • La publicité dynamise la concurrence, facteur de croissance.
  • La publicité est un amplificateur de la croissance économique en contribuant notamment à financer les médias et des activités culturelles et sportives via le mécénat et le sponsoring.
  • La publicité est génératrice d’emplois. Elle contribue directement ou indirectement à la création de 536 000 emplois en France, soit 2,1% des emplois du pays. Au niveau européen, ce sont 6 millions d’emplois.

 

II. La société de consommation dénoncée

1. La surconsommation

Supermarket lady
Supermarket Lady (ou Caddie) Duane HANSON 1969 Dimensions : grandeur nature (166 cm de hauteur) Fibre de verre, résine de polyester Lieu de conservation : Ludwig forum, Aix-la-Chapelle.

Durant les trente glorieuses (1945-1973), le niveau de vie de la population augmente. L’Etat-Providence favorise la redistribution des richesses. Il y a une transformation du travail et du cadre de vie. De plus, on observe une nette hausse de la consommation des ménages. Ils y sont en effet incités par l’apparition des grandes surfaces et par le développement du crédit. Les ménages consacrent une part plus importante de leurs revenus à de nouveaux produits tels que la voiture, la télévision et les appareils électroménagers, symboles de Trente Glorieuses et de l’évolution de l’industrie.

La sculpture de l’artiste hyperréaliste Duane Hanson « Supermarket Lady » (1969) est un bon exemple de représentation et de dénonciation de cette société de consommation qui ne cesse de croître.

La femme représentée achète pour masquer son complexe de la pauvreté. On peut d’ailleurs déduire de son style vestimentaire qu’elle est issue de la « petite Amérique ». En effet, elle achète et consomme pour exister et doit se dire qu’elle marque sa réussite par son achat même si cela se fait au détriment de son bonheur et de sa santé.

D’autre part, l’artiste porte un regard critique sur la société de consommation et sur l’American life style. On cherche effectivement à montrer ici une femme qui tient à se mettre en valeur, quitte à surconsommer, donc à prendre du poids, ce qui entraîne également un danger pour sa santé.

Malgré cela, ceci n’est pas une caricature, puisque cette figure est très commune aux Etats-Unis durant cette période de fin des années 1960, elle est le miroir de la société de l’époque.

I shop therefore I am
Sans titre I shop therefore I am Barbara KRUGER Sérigraphie sur vinyle 281,9 x 287 cm.

On pourrait d’ailleurs la mettre en relation avec le photomontage de Barbara Kruger sur lequel il est inscrit « I shop therefore I am » (« J’achète donc je suis »), qui critique violemment la société de consommation à travers un détournement de la célèbre formule du philosophe français du XVIIe siècle René Descartes « Je pense donc je suis ». « I shop therefore I am » renverse cette idée et veut désormais que l’existence humaine se juge à son aptitude à consommer des biens.

« La société de consommation a privilégié l’avoir au détriment de l’être », Jacques DELORS

Campbell's Soup Cans
Campbell’s Soup Cans Andy WARHOL 1962 Peinture polymère synthétique peinte sur 32 cadres. Chaque cadre mesure 50.8 x 40.6 cm

Réalisée en 1962 et composée de 32 toiles au format poster, « Campbell’s soup cans » représente autant de boîtes de soupe en conserve reproduites grâce à une technique d’impression jusqu’alors utilisée dans le milieu publicitaire : la sérigraphie. En raison de son procédé semi-industriel, permettant de copier à l’infini une image à l’aide de pochoirs, cette technique fétiche d’Andy Warhol a soulevé un débat autour de l’unicité de l’œuvre d’art et de la création originale.

A l’origine, elles étaient conçues comme des compositions similaires, et non forcément comme un ensemble. C’est après avoir été toutes acquises par Irving Blum qu’elles ont été considérées comme une série. Pour leur première présentation, Blum, co-directeur de la Ferus Gallery les avait disposées sur une étagère que les critiques ont comparé à un rayon de supermarché.

tpe-brillo
Boîtes de lessive Brillo Andy WARHOL boîtes de contre-plaqué avec sérigraphie et acrylique 1964

A la même époque, Warhol réalise les « Brillo Boxes », qui sont des boîtes de lessive exposées. L’objet est ici privé de son utilité. La matière même achetée ayant disparu, il ne reste plus que l’emballage et Warhol émet une réflexion sur la manière dont les choix sont déterminés. On en déduit que l’artiste dénonce le fait que l’on achète finalement un packaging et non un produit. Le choix est basé sur l’apparence et Warhol critique cet aspect de la société.

Consommation de masse

Par ailleurs, différents artistes constatent et dénoncent la consommation de masse dans leurs œuvres. On peut alors citer Liu Jianhua, un artiste Chinois qui a réalisé l’imposant Yiwu Survey, un conteneur qui « vomit » véritablement la marchandise qu’il contient, l’Islandais Erró, qui peint « Foodscape », une représentation très colorée de nourriture en abondance, en 1964, ainsi que le plasticien Franco-Américain Arman qui réalise des « Accumulations ». Ces détritus et objets du quotidien mis sous verre sont destinés à montre l’opulence de la société de consommation.

« La consommation est devenue la morale de notre monde », Antoine de Spire

Quelques chiffres :

  • Les 12% de la population mondiale qui vivent en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest sont responsables de 60% des dépenses de consommation privée, tandis que le tiers de la population mondiale qui vit en Asie du Sud et en Afrique sub-saharienne ne comptent que pour 3.2% de ces dépenses de consommation. On peut relever ici les fortes inégalités dans le monde d’après cette statistique.
  • Chaque année, les Américains dépensent $1,2 billions (million de million) dans des objets dont ils n’ont pas nécessairement besoin.
  • Selon une étude du Daily Mail, les femmes passeront en moyenne huit années de leurs vie à faire les magasins.
  • La famille américaine dépense en moyenne $1,700 par année pour les vêtements.
  • Seulement 3.1% des enfants du monde vivent en Amérique, mais ils possèdent 40% de tous les jouets achetés dans le monde.
II. La société de consommation dénoncée

2. La surconsommation virtuelle

La surconsommation virtuelle en France

Après avoir lu une étude réalisée par eMarketer, nous savons désormais que le temps que l’on passe sur nos mobiles a dépassé celui que nous consacrons à regarder la télévision en 2017 et en France. Le cabinet eMarketer estime aussi qu’en 2017, 4 heures seraient quotidiennement dédiées à l’utilisation d’un Smartphone contre 3h51 pour la télévision. Nous avons changé de mode de vie, nos ordinateurs fixes et portables vont peu à peu disparaître au profit de nos téléphones portables. D’après LCL, en 2017, un adulte devrait ainsi passer 1h54 par jour les yeux rivés sur son son écran de Smartphone ou de tablette contre 1h42 sur le « non mobile », dont majoritairement les ordinateurs (1h44 cette année). L’utilisation d’applications de réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter explique en partie ce boom attendu. Grâce à nos modes de vie, cette tendance ne fera ensuite que s’accroître au fil des années. Et pour cause, dans le même temps, le taux d’équipement va également aller à la hausse. Si 70% des Français sont équipés d’un smartphone en 2016, ils seront 76% à la fin de 2017.

L’artiste polonais Paweł Kuczyński critique cet abus de l’utilisation des mobiles de type smartphone à travers des dessins satiriques. Ces derniers, simples et puissants, dénoncent un monde qui court à sa perte. Paweł Kuczyński aborde ainsi plusieurs thèmes : l’exploitation de certaines catégories sociales, la surconsommation ou encore l’isolation que peuvent provoquer les réseaux sociaux. Les sujets évoqués dans ses créations sont parfois évidents et d’autres plus compliqués à figurer. Les couleurs pastels et les formes simples donnent à son travail une esthétique presque intemporelle, tout comme le sont – malheureusement – les sujets évoqués.

L’application Pokémon Go (cf illustration ci-dessous) génère environ 1 600 000 $ par jour. Certains jouent à ce jeu et s’amusent, d’autres le trouvent abrutissant, voire asservissant. Certains estiment que Pokémon Go rend les gens plus accessibles et sympathiques, d’autres pointent le danger de ce jeu qui encouragerait l’individualisme et le manque de sociabilité. En effet, un joueur passe en moyenne 43 minutes par jour sur l’application. Pour donner un ordre d’idée, le temps que passe les utilisateurs de réseaux sociaux varie entre 20 et 30 minutes en moyenne par jour. Kuczyński donne sa vision des choses dans « Control », une série de dessins satiriques que nous avons trouvé des plus explicites.

Internet est désormais largement diffusé en Europe. Aujourd’hui, sur le Vieux continent, 178 millions d’individus, soit 60% de la population globale déclarent se connecter régulièrement en semaine. 66% des Français disent se rendre généralement sur Internet en semaine et 60% le week-end. Parmi les internautes européens, les Français sont les plus « accros au surf quotidien » : deux tiers d’entre eux déclarent surfer quotidiennement, contre une moyenne européenne de 55%. Parmi les principales utilisations de ce média, la communication et l’information restent les principales motivations : 83% des internautes français déclarent davantage rester en contact avec ses amis ou des connaissances et 60% davantage comparer les produits et les services. Les ventes sur le net ont augmenté de 29% pour atteindre en 2008 un total de 20 milliards d’euros. Plus de 22 millions d’acheteurs ont fait la démarche dont 2.5 millions de nouveaux acheteurs. Alors que le sentiment d’une baisse du niveau de vie est prégnant au sein de la population française depuis fin 2006, l’année 2008 sera pour la première fois conforme aux perceptions. Dans ce cadre d’obsession du pouvoir d’achat, Internet, grâce à la transparence dans la comparaison des prix et grâce à la multiplication des sites de ventes à prix cassés, constitue une source d’économies substantielles. 77% des Français estiment ainsi qu’Internet facilite la comparaison des offres et des prix et 3 sur 4 considèrent que les offres et les prix sont intéressants.

La surconsommation virtuelle aux Etats-Unis

Chaque jour, les Américains de plus de 18 ans passent en moyenne 5 h 09 sur Internet, contre 4 h 31 en moyenne devant leur poste de télévision, selon un sondage d’eMarketer sur le début de l’année 2013. Le temps passé sur Internet est en nette augmentation (15,8 %), tandis que le temps consacré à la télévision recule légèrement. Autre enseignement du sondage, les lecteurs passent de moins en moins longtemps à lire leur journal papier : entre 2010 et 2013, le temps consacré aux journaux et magazines est passé de 50 minutes à seulement 32 minutes.

Au total, le temps que les Américains passent sur tous les médias confondus augmente considérablement, passant de 10 h 46 à 11 h 52 par jour depuis 3 ans. Le chiffre brut peut faire peur : nous sommes tentés de nous demander quand les Américains travaillent, mangent, se parlent…, mais il faut croire qu’ils font les trois en même temps.  Les utilisateurs quelle que soit leur origine  ont de plus en plus tendance à pianoter sur leurs smartphone ou tablette en écoutant la radio ou devant une télévision qu’ils surveillent de l’œil.

L'empathie peut changer le monde
L’empathie peut changer le monde Barbara KRUGER 1994

« L’empathie peut changer le monde », que l’artiste conceptuelle américaine Barbara Kruger a réalisé en 1994, ressemble à un slogan. Un slogan qui conduit à nous faire réfléchir et qui nous invite à suivre son idée pour un monde meilleur, où chacun ferait attention aux autres et où l’intérêt général ne se situerait plus dans les réseaux sociaux et le monde virtuel. L’artiste revendique ici un rôle actif dans la société en remettant en cause les stéréotypes sociaux de domination et d’aliénation. Elle s’adresse ouvertement à tous ceux qui passent. Cette oeuvre nous a d’autant plus touchés et interpellés qu’on peut la voir à Strasbourg, au dessus des lignes de tram qui passent sous la gare.

Les raisons de cette surconsommation virtuelle

L’accès à des boutiques en ligne et donc à des produits en abondance est la première cause de la consommation virtuelle. On peut aussi expliquer cette hausse de temps passé sur la Toile par le fait que l’on ne cesse de s’équiper en mobile mais aussi par l’attractivité des applications développées pour ce support, dont Facebook et Twitter. D’autre part, un ordinateur portable ou un Smartphone est toujours à portée de main. On passerait en moyenne 18 heures par semaine sur  à vagabonder dans les méandres d’Internet. De plus, Internet ne requiert aucun effort physique.

À l’adolescence, les jeunes éprouvent un besoin criant de se définir, de trouver un espace qui leur est exclusivement réservé. Le temps qu’ils passent sur les réseaux sociaux n’est que le reflet de leur besoin de socialiser.

Au lieu de regarder les infos à la télévision, certaines personnes préfèrent utiliser le temps de l’émission pour regarder des informations sélectionnées par eux-mêmes sur internet.

On passe beaucoup de temps à consommer aussi à cause du téléphone portable qui devient de plus en plus un objet essentiel dans nos vies; plus on l’a près de nous plus le temps passé sur internet augmente.

Certaines personnes deviennent d’ailleurs dépendantes d’Internet après un usage trop fréquent. On appelle la dépendance à Internet la « cyberaddiction ».

 Jean Jullien, notamment célèbre pour avoir réalisé les dessins de soutien aux victimes des attentats des 7 et 9 janvier 2015 et du 13 novembre 2015, est par ailleurs un artiste engagé qui cherche lui aussi à dénoncer cette surconsommation virtuelle. Il montre à travers ses dessins satiriques que la technologie nous coupe du monde réel et va jusqu’à marquer les hommes comme du bétail. « Modern Days » est un regroupement de quelques unes des œuvres de Jean Jullien. 

 

 

 

Conclusion

Nous avons pu voir que certains artistes glorifiaient la société de consommation et que d’autres la dénonçaient, chacun à leurs manières. Les artistes travaillent en fonction de leur époque, mais aussi de leurs objectifs et de leurs points de vue. Les arts iconographiques reflètent la société de consommation car ils permettent de faire passer un message, de donner envie d’acheter. Ils incitent les consommateurs à consommer de plus en plus. Grâce à l’art, les consommateurs peuvent avoir des repères notamment avec la publicité. L’acheteur est en vérité guidé vers le produit grâce aux différentes œuvres.

Aujourd’hui, cette période de prospérité s’achève et l’on se retrouve à nouveau dans une période où la consommation est limitée. On parle alors de déconsommation. Cela se ressent notamment dans les supers et les hypermarchés Selon l’institut IRI, la consommation en volume des produits de grandes consommations (PGC) et des produits frais a légèrement baissé en 2016. On peut parler de déconsommation, au moins pour certaines catégories de produits comme l’alcool, le pain, les produits d’origine animale notamment la viande rouge. Hors des PGC l’habillement et les chaussures sont également touchés.

C’est dans une spirale de crise que se trouvent plusieurs pays en ce moment. Ce qui entraîne une baisse de la consommation car les consommateurs accordent plus d’attention au prix et à ce qu’ils achètent.

Mais notre société tourne-t-elle pour autant le dos à la consommation ? Il se pourrait bien qu’au contraire elle en renforce les dimensions les plus néfastes.

Non classé

Lexique

Art cinétique

L’art cinétique, comme son nom l’indique, est une forme d’art fondé sur l’esthétique du mouvement. Ce dernier peut être produit par le vent, le soleil, un moteur ou le spectateur. Les artistes cinétiques cherchent à agir sur l’inconscient du spectateur ainsi qu’à les inclure dans leurs œuvres.Le spectateur n’est ainsi plus passif mais actif.

Art conceptuel

Mouvement new-yorkais apparu en 1965. Cet art est défini non par les propriétés esthétiques des objets ou des œuvres, mais seulement par le concept ou l’idée de l’art.

Art contemporain

L’art contemporain succède à l’art moderne (1850-1945). Il désigne de manière générale l’ensemble des œuvres créés après la 2nde Guerre Mondiale. Appliquée à l’art, cette notion du « contemporain » revêt une spécificité esthétique qui peut devenir polémique, puisque les acteurs n’ont pas la distance nécessaire pour effectivement apprécier les œuvres.

Consommation

De manière courante, une société est dite de consommation lorsque les consommateurs sont incités à consommer des biens et des services de manière régulière et abondante. La société de consommation est la conséquence même du capitalisme, qui exige un besoin de croissance économique directement liée à l’accumulation de capital.

Marché de l’art

Le marché de l’art est le marché sur lequel s’échangent les œuvres d’art. Les œuvres sont vendues soit aux enchères soit dans des galeries d’art. Le marché est également segmenté en périodes et en secteurs : l’art classique, l’art moderne, l’art primitif, l’art chinois, ou encore l’art contemporain. En France, certaines œuvres, considérées comme une partie du patrimoine national, sont interdites à la vente.

Pouvoir d’achat

Correspond à la quantité de biens et de services qu’un revenu permet d’acheter. Le pouvoir d’achat dépend du revenu et des prix. L’évolution du pouvoir d’achat correspond donc à la différence entre l’évolution des ménages et l’évolution des prix.

Publicité

Dans le marketing ce que nous appelons publicité est une démarche utilisée pour promouvoir un produit, service ou marque sur un des grands médias publicitaires comme la télévision, ou la radio. La publicité se distingue notamment des actions de marketing direct par son caractère individualisé et par le fait que les effets recherchés ne sont généralement pas une action immédiate. Nous remarquons que le développement d’Internet a remis en cause cette définition de publicité. En effet, un message publicitaire sur Internet peut d’une part mélanger des objectifs qualitatifs et des objectifs de réponse immédiate, et d’autre part être totalement individualisé.

Sérigraphie

La sérigraphie est une technique d’impression qui présente l’avantage de pouvoir s’appliquer à des supports variés et sur de grandes surfaces. La sérigraphie est une technique d’imprimerie qui utilise des pochoirs  interposés entre l’encre et le support. Elle permet d’imprimer des motifs de façon répétitive avec une déformation presque imperceptible. L’un des pionniers de la sérigraphie est l’artiste Andy Warhol.

Surconsommation

La surconsommation désigne un niveau de consommation situé au-dessus de celui des besoins normaux ou d’une consommation moyenne. Au-delà d’un certain seuil, la surconsommation est un facteur de surexploitation de ressources naturelles, pas, peu, difficilement, dangereusement ou lentement renouvelables.